mardi 23 mai 2006

Aéroport

La porte s'ouvre en coulissant sans bruit. Je me retrouve sous la douche chaude et sèche de la climatisation du sas. Comme d'habitude, des groupes multiformes se pressent sur le linoléum brillant. Les enfants s'accrochent à leurs parents en chouinant, les parents s'accrochent aux chariots qui couinent, les chariots accrochent les bagages qui traînent. Une voix charmeuse annonce des retards et des annulations, provoquant un mouvement brusque de passagers, tel un vol d'étourneaux affolés, de l'écran des départs vers les comptoirs des compagnies incriminées.

Je suis en avance. Le vol quotidien IH5645 n'arrivera que dans trois heures. Je vise un banc, un peu à l'écart. Une femme de ménage s'approche, en godillant de son balai-éponge. En passant à ma hauteur, elle sourit. Je lui réponds avec toute la courtoisie nécessaire.

J'ouvre mon livre et me plonge dans la suite des élucubrations de ce nébuleux philosophe de Budapest que j'ai découvert il y a peu. Le thème est ardu et son style plutôt baroque. Les heures s'égrènent ainsi, mon cerveau pris dans la toile conceptuelle issue de la réflexion tourmentée du hongrois.

C'est l'heure. Je me lève et m'approche. Après quelques minutes, les premiers voyageurs passent la porte du fond le visage creusé par la fatigue. J'attends. Au bout de quinze minutes, c'est fini. Une hôtesse me fait signe, l'air contrite, que non, il ne reste plus personne.

Trois mois que je viens tous les jours, pourquoi ne reviens-tu pas ?

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