mardi 23 mai 2006

Blessure

Elle est là. Sous le lampadaire. Au milieu du parking. Je m’approche doucement. Fébrile. J’essaie de prendre un air détaché, mais mon cœur bat la chamade. Je regarde autour. Je suis seul. Il est tard. C’est une voiture verte. Une Peugeot. Petit modèle. Délabrée. Je m’approche encore. Et encore plus près. Jusqu’à la toucher. Le capot est encore chaud.

Il est donc là. Il est encore venu ce soir. Des lames me transpercent de toutes parts. Je me glisse hors du parking, et me faufile entre les voitures jusqu’à la petite rue qui longe l’arrière de son immeuble. Elle m’a pourtant tenu la main mardi. Ses yeux pétillaient de joie. Je la sentais amoureuse, désirante. Mais encore une fois il est revenu. Elle l’a rappelé. Ma tête est lourde. Mon esprit, confus. Je compte les étages. Au troisième, sa chambre semble inondée de lumière. Je reste là, haletant.

Plus tard, la lumière se tamise. Je les imagine nus. Je le vois, caressant sa peau brune. Ses cheveux noirs. S’enivrant de son parfum. Embrassant ses seins si doux. Je l’entends, elle, geindre de plaisir. Le sourire aux lèvres. Je voudrais les observer. Les épier. Guérir par la souffrance ultime. Mais je reste là. Dans le froid.
Il y a déjà quinze ans, mais je n’oublie pas.

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