mardi 23 mai 2006

La fuite

La longue file bleue serpentait au travers des dunes. Quelques hommes, des enfants, beaucoup de femmes et quelques vieillards. Les plus solides portaient des charges, les autres peinaient. Le vent s'était levé depuis quelques minutes, on commençait à ne plus y voir. Le sable s'envolait en écume à la crête des dunes.

Le sable tourbillonnait autour de leur mollets, qu'ils protégeaient comme il pouvaient de morceaux d'étoffes enroulés depuis la cheville jusqu'au genou. Leurs tuniques flottaient en drapeau. Bleues comme la mer. Bleues comme l'espoir. La tête baissée, ils progressaient lentement, sans un mot. Le vent sifflait, torturant leurs tympans. L'horizon disparut complètement, tout n'était que sable. Les quelques bêtes qu'ils avaient pu amener avec eux croulaient sous les paquets, confectionnés à la hâte.

Des hommes en armes, les plus jeunes et les plus vaillants, ouvraient la marche. Ils allaient plus vite et avaient distancé le reste de la troupe. Parfois, il rencontraient le squelette d'un animal, les côtes dressées, telle une herse abandonnée là par quelque paysan découragé. Combien de jours leur faudrait-il pour atteindre leur but ? Quatre ou cinq avait dit le vieux Maalek. Puis après il y aurait le port. Et le bateau, vers le nord. Mais cela faisait déjà sept jours qu'ils marchaient.

Ouzine, qui appartenait au groupe de tête, se retourna. Rebrousser chemin? Ils ne pouvaient pas, ils ne pouvaient plus.

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