Ecrire un Aleph, directement ou avec un personnage qui le découvre. Au passé.
Par la fenêtre entrouverte, les rumeurs du marché me parviennent en flots réguliers. Après quelques minutes de torpeur, je me décidai à dissiper mes brumes et me levai dans un mouvement lent et mal assuré. Je parvenais à grand peine jusqu’à la cuisine. J’avais la tête lourde, la bouche pâteuse et une soif inextinguible. Je préparai un café fort. Un morceau de pain pas tout à fait sec traînait sur le buffet. Je me mis à la recherche du pot de miel. Mais, au bout d’un moment, je retrouvé le bocal vide, juché au sommet de la poubelle. J’avais décidément la bouche trop sèche. Aussi, je me décidai à descendre jusqu’au marché. Juste avant de sortir, je trébuchai sur une bouteille vide, dans le couloir.
Dehors, le soleil était déjà haut et un vent léger distribuait des effluves printanières. Je me faufilai entre les étals jusqu’à l’apiculteur. Je choisis un miel des alpages, qu’il me conseilla en m’ensevelissant sous un flot de paroles auquel ne put résister ma faible volonté du moment. Je remontai jusqu’à l’appartement, encore hagard.
Je m’installai à table. Le café était tiède. Je découpai le morceau de baguette sur sa longueur et j’entrepris d’ouvrir le pot. Il résista. Je me demandai un instant si l’alcool avait le pouvoir de dissoudre les muscles. Après plusieurs tentatives, aussi hasardeuses qu’humiliantes, le bouchon céda enfin.
Alors il se passa quelque chose d’extraordinaire. Une boule luminescente s’éleva doucement hors du pot. Je restai interloqué, me repassant à toute vitesse le film de ma soirée, en faisant la revue de tout ce que j’avais pu boire, fumer, inhaler ou ingérer, mais sans rien trouver qui put expliquer un tel phénomène. Au fur et à mesure, la lumière devenait plus aveuglante. Quand, tout à coup, je fus assailli d’images, en l’espace d’une seconde : l’Italie et les croûtes de fromage qui fondent au soleil. Paris sous la pluie et un ciel bas. Une cafetière jaune. La cloche d’une église. Une BMW décapotable qui fonce à vive allure dans les rues d’Ajaccio. Une table branlante sur ses tréteaux. Les falaises de Cornouailles. Le vendeur de souvenirs de l’aéroport de Washington. Un tajine au poulet et aux olives. Tes mains. Un drap froissé. Un vendeur de tapis. Une table de Noël avec une dinde trop cuite. Le parc des Buttes Chaumont. Un mur de pierre. Tes pieds. Le restaurant gascon de la rue Taine. Des arbres déracinés. Une rivière au lit desséché. Des lasagnes. Des fleurs fanées. Un mot sur la table. Ton dos. Un lit vide. Un morceau de tiramisu entamé. Lui. Une coupe de champagne. La vitrine du restaurant. Des gouttes de pluie sur les feuilles d’une vigne. Toi et lui.
Hier je t’ai quitté.
Par la fenêtre entrouverte, les rumeurs du marché me parviennent en flots réguliers. Après quelques minutes de torpeur, je me décidai à dissiper mes brumes et me levai dans un mouvement lent et mal assuré. Je parvenais à grand peine jusqu’à la cuisine. J’avais la tête lourde, la bouche pâteuse et une soif inextinguible. Je préparai un café fort. Un morceau de pain pas tout à fait sec traînait sur le buffet. Je me mis à la recherche du pot de miel. Mais, au bout d’un moment, je retrouvé le bocal vide, juché au sommet de la poubelle. J’avais décidément la bouche trop sèche. Aussi, je me décidai à descendre jusqu’au marché. Juste avant de sortir, je trébuchai sur une bouteille vide, dans le couloir.
Dehors, le soleil était déjà haut et un vent léger distribuait des effluves printanières. Je me faufilai entre les étals jusqu’à l’apiculteur. Je choisis un miel des alpages, qu’il me conseilla en m’ensevelissant sous un flot de paroles auquel ne put résister ma faible volonté du moment. Je remontai jusqu’à l’appartement, encore hagard.
Je m’installai à table. Le café était tiède. Je découpai le morceau de baguette sur sa longueur et j’entrepris d’ouvrir le pot. Il résista. Je me demandai un instant si l’alcool avait le pouvoir de dissoudre les muscles. Après plusieurs tentatives, aussi hasardeuses qu’humiliantes, le bouchon céda enfin.
Alors il se passa quelque chose d’extraordinaire. Une boule luminescente s’éleva doucement hors du pot. Je restai interloqué, me repassant à toute vitesse le film de ma soirée, en faisant la revue de tout ce que j’avais pu boire, fumer, inhaler ou ingérer, mais sans rien trouver qui put expliquer un tel phénomène. Au fur et à mesure, la lumière devenait plus aveuglante. Quand, tout à coup, je fus assailli d’images, en l’espace d’une seconde : l’Italie et les croûtes de fromage qui fondent au soleil. Paris sous la pluie et un ciel bas. Une cafetière jaune. La cloche d’une église. Une BMW décapotable qui fonce à vive allure dans les rues d’Ajaccio. Une table branlante sur ses tréteaux. Les falaises de Cornouailles. Le vendeur de souvenirs de l’aéroport de Washington. Un tajine au poulet et aux olives. Tes mains. Un drap froissé. Un vendeur de tapis. Une table de Noël avec une dinde trop cuite. Le parc des Buttes Chaumont. Un mur de pierre. Tes pieds. Le restaurant gascon de la rue Taine. Des arbres déracinés. Une rivière au lit desséché. Des lasagnes. Des fleurs fanées. Un mot sur la table. Ton dos. Un lit vide. Un morceau de tiramisu entamé. Lui. Une coupe de champagne. La vitrine du restaurant. Des gouttes de pluie sur les feuilles d’une vigne. Toi et lui.
Hier je t’ai quitté.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire