La maison de mes grands parents s’étirait le long d’une cour gravillonnée. En face, il y avait une remise et le poulailler. L’été, c’était la maison de toutes les effervescences. La plupart du temps, je me tenais dans l’entrée, traçant avec mes divers véhicules miniatures des chemins imaginaires.
Je percevais du dehors le ballet incessant des tracteurs. Ils rugissaient, éructaient, hoquetaient parfois. On entendait, à intervalle régulier, l’un d’entre eux qui peinait dans la côte. On le sentait vibrer sous la charge. Je l’imaginais alors en haltérophile, rouge, suant, suintant sous l’effort. On sentait chaque boulon gémissant et maudissant le poids trop important dont on l’avait affublé. Arrivé en haut, le conducteur changeait de vitesse, et on avait l’impression que le tracteur reprenait son souffle, poussait un soupir de soulagement. De ce brouhaha mécanique, émergeaient quelques éclats de voix. Les hommes s’invectivaient de phrases courtes, directes et impératives. Ils se disputaient rarement mais criaient toujours. Quelquefois, un chien aboyait. Bien sûr, personne n’y prêtait attention.
Les femmes s’activaient en cuisine, près de l’entrée. On y parlait beaucoup, on y criait aussi. Les casseroles, les couverts, les assiettes emplissaient l’air d’un tintement incessant. On aurait dit un concert de musique expérimentale dans un grand magasin le jour de l’ouverture des soldes. Parfois, je me prenais à imaginer que les bruits de la cuisine provenaient du poulailler. Ma grand-mère devenait alors la grosse poule acariâtre et dépenaillée qui cherchait des histoires à toutes les autres avec force cris éraillés. Les petites poules faisanes, toujours ensemble et toujours piaillant, ressemblaient à mes tantes. Et ma mère, bien sûr, était cette poule au plumage d’or, si distinguée et si discrète.
Les rares moments où le ballet des tracteurs cessait et l’activité en cuisine déclinait, on pouvait percevoir, à intervalle régulier, les râles faibles et la toux grasse de mon arrière grand-père, à l’étage. En face de moi, un escalier sombre menait jusqu’à sa chambre. J’y allais tous les jours. Il y flottait une odeur de vieux livres. Tous les bruits, ici, semblaient étouffés et lointains. Les volets fermés distribuaient des traits de lumière sur le parquet de chêne. J’imaginais souvent mon arrière grand-père en capitaine d’un navire qui s’éloignait dans un souffle de la vie qui l’entourait.
Je percevais du dehors le ballet incessant des tracteurs. Ils rugissaient, éructaient, hoquetaient parfois. On entendait, à intervalle régulier, l’un d’entre eux qui peinait dans la côte. On le sentait vibrer sous la charge. Je l’imaginais alors en haltérophile, rouge, suant, suintant sous l’effort. On sentait chaque boulon gémissant et maudissant le poids trop important dont on l’avait affublé. Arrivé en haut, le conducteur changeait de vitesse, et on avait l’impression que le tracteur reprenait son souffle, poussait un soupir de soulagement. De ce brouhaha mécanique, émergeaient quelques éclats de voix. Les hommes s’invectivaient de phrases courtes, directes et impératives. Ils se disputaient rarement mais criaient toujours. Quelquefois, un chien aboyait. Bien sûr, personne n’y prêtait attention.
Les femmes s’activaient en cuisine, près de l’entrée. On y parlait beaucoup, on y criait aussi. Les casseroles, les couverts, les assiettes emplissaient l’air d’un tintement incessant. On aurait dit un concert de musique expérimentale dans un grand magasin le jour de l’ouverture des soldes. Parfois, je me prenais à imaginer que les bruits de la cuisine provenaient du poulailler. Ma grand-mère devenait alors la grosse poule acariâtre et dépenaillée qui cherchait des histoires à toutes les autres avec force cris éraillés. Les petites poules faisanes, toujours ensemble et toujours piaillant, ressemblaient à mes tantes. Et ma mère, bien sûr, était cette poule au plumage d’or, si distinguée et si discrète.
Les rares moments où le ballet des tracteurs cessait et l’activité en cuisine déclinait, on pouvait percevoir, à intervalle régulier, les râles faibles et la toux grasse de mon arrière grand-père, à l’étage. En face de moi, un escalier sombre menait jusqu’à sa chambre. J’y allais tous les jours. Il y flottait une odeur de vieux livres. Tous les bruits, ici, semblaient étouffés et lointains. Les volets fermés distribuaient des traits de lumière sur le parquet de chêne. J’imaginais souvent mon arrière grand-père en capitaine d’un navire qui s’éloignait dans un souffle de la vie qui l’entourait.
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