mardi 26 février 2008

Consigne - Ecrire les gestes quotidiens

Avant de s’ébrouer, le réveil émet un cliquetis à peine audible. Il s’agit d’un mouvement interne de nature électro-magnétique, quasiment imperceptible. Ce n’est pas un son sec et claquant, mais plutôt un grésillement rêche et très bref. Ce bruit, si infime qu’on se demande si on peut le qualifier ainsi, induit néanmoins mon éveil immédiat.

Mon bras lourd et gourd se dégage alors d’un mouvement lent et mal assuré des draps qui le recouvrent, afin de positionner la main gauche à l’exacte verticale du bouton REPETITION. Le temps qu’elle se place et la sonnerie a déjà retenti, déchirant le voile de silence que la nuit a tissé. Si bien que, prise de vitesse, la main tâtonne, les doigts affolés. Plusieurs boutons sont alors enfoncés, soit successivement, soit conjointement. A ce jeu-là, le nombre de combinaisons possibles est infini et la réaction de l’appareil ne correspond pas, de ce fait, à l’effet escompté. La plupart du temps donc, les oreilles doivent composer avec la stridence ironique de la machine. Car, si elle n’est pas douée de raison, sa constance mécanique n’a de cesse de démontrer l’inefficacité des tâtonnements fantaisistes. Et, plus la démarche entreprise dure, plus le son produit est amplifié, comme si un poinçon pénétrait l’oreille pour aller pointer la région du cerveau défaillante.

Lorsqu’un doigt trouve enfin le bouton REPETITION, la sirène s’évanouit précipitamment, comme aspirée par le noir de la chambre, annonçant un répit de sept minutes et trente secondes, dont je débute mentalement et immédiatement de décompte. Prévenu de l’inéluctabilité d’un récidive de l’appareil, je prépare la riposte en positionnant l’index sur le bouton ARRET. Le premier plaisir matinal sera d’enclencher ce bouton un dixième de seconde après le déclenchement de la deuxième sonnerie. Le sifflement aïgu et bref de vieux coq éraillé qu’émettra l’appareil marquera alors la victoire quotidienne de l’homme sur la machine.

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