mardi 26 février 2008

Consigne - Paysage intérieur

Quel est mon paysage intérieur ?

Lorsqu’on arrive ici, on est frappé par la diversité des paysages. Une plaine s’étend devant nous à perte de vue. A gauche, de hauts sommets enneigés découpent le ciel azur et sans nuage. A droite, une plage s’étire et au-delà, l’océan infini. Derrière nous, des collines en pentes vertes et douces.

Ne serait-ce là le paradis ? Pourtant quelque chose nous dérange. Si l’on s’enfonce dans les champs, devant nous, on s’aperçoit vite qu’on ne foule qu’une culture, parfaite et homogène. Il manque ici la variété. Tout est uniforme. Sublimement réalisé mais absolument conforme à l’idée que l’on s’en fait.

On foule les terres du dieu de la maîtrise. Tournons-nous maintenant. Les pics acérés de la montagne sont parfaitement dessinés. Aucun mouvement de roche contrariant l’exacte rectitude des parois. Les flancs sont mangés par une forêt de sapins épaisse. On aperçoit les troncs droits parfaitement verticaux. Bien sûr, aucune branche brisée.

A notre gauche, les collines déroulent une pelouse digne des meilleurs golfs. Pas un bosquet, pas un taillis qui ne vienne perturber la douceur et l’harmonie des courbes. Pas un animal qui ne vienne fouler l’herbe grasse.

Sur la plage, pas une roche. Le sable est fin, blanc. Une rangée rectiligne de cocotiers vigoureux prodigue une ombre bienfaisante. Les vagues se brisent mollement à intervalles métronomiques.

Nous sommes dans un paradis perverti par la perfection. Ce monde a été construit par la tyrannie d’une idée féroce. Cette idée et sa réalité exclusive qui bannit toute fantaisie, toute incongruité, tout accident. L’inutile est une vertu fondatrice. Vertu que le maître de ces lieux, fort de son expérience navrante et glaçante, semble désormais tout décidé à ériger en art de vivre.

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