Ecrire l’histoire du retour de Pygmalion dans son atelier après qu’il ait demandé à Vénus de lui donner une femme aussi belle que sa statue. Il s’aperçoit que celle-ci a pris vie.
Les rumeurs de la rue se font plus précises. Jusqu’à présent, je ne ressentais que des vibrations sourdes. Tout devient plus net. A chaque instant, je découvre un son nouveau, plus clinquant, plus aigu que le précédent. Je sens un souffle sur mon bras. Mes doigts et mes paumes me démangent. Une douce chaleur monte en moi. Lorsque ce flot lent atteint la base du cou, la nuit dans laquelle j’étais plongée jusqu’alors s’estompe et laisse place à une aurore orange. Puis jaune. Puis blanche. Le voile opaque qui me recouvrait les yeux s’est désagrégé. Je vois. Je vois des ombres. Je distingue les lourds rideaux grenats qui contiennent maladroitement les rayons d’un soleil que je devine au zénith. La pièce est étroite et encombrée. Je relève doucement la tête. Je suis nue. Il y a un établi. Des marteaux. Des instruments de toutes tailles dont je ne saurais dire le nom. La fenêtre semble être entreouverte. J’entends des pas lourds dans l’escalier. Je me fige, puis, rapidement, je reprends la position dans laquelle je me suis réveillée. Le regard vers le plafond.
La poignée cliquette et la porte s’ouvre en grinçant. Quelqu’un est entré. Il dépose un sac et s’approche du lit sur lequel je repose. Il se penche et s’agenouille. Je sens son regard se poser sur mon corps. Il approche son visage et dépose un baiser sur mon épaule. Il a le souffle court. De nouveau, il m’embrasse l’épaule. Plus longuement. J’entends qu’il murmure, mais je ne comprends pas. Puis tout doucement, il me caresse le sein. Cette main me semble si familière. Il se relève et approche son visage du mien. « mon bébé » murmure t’il. Puis il m’embrase les lèvres. Il pleure. Je comprends alors que je lui dois la vie. Cette main est celle qui m’a faite. « Tu es mon œuvre » répète t’il doucement. Je le regarde. Son visage est mangé par une barbe hirsute. La sueur de son front se mêle aux larmes. Ses yeux brillent. Ses pommettes, hautes, sont empourprées. Il dégage une odeur âcre. Seules ses mains sur mon corps me sont agréables. « Nous serons heureux » dit-il maintenant. « Tu es une œuvre parfaite, plus rien ne me sert de sculpter encore » rajoute t’il entre deux sanglots.
Je me sens soudain prise d’un vertige. Ne suis-je qu’un aboutissement ? A quoi cela me sert-il d’être vivante, si c’est pour être statufiée dans le rôle d’une épouse parfaite ? Je ne rêve que d’émois, d’amour, de désillusions, de tristesse, de rires, de pleurs, de cris, de chagrins et de bonheurs. Mais, je lui dois la vie. Comment pourrais-je renier un tel don ? Il sanglote violemment désormais, son visage contre ma poitrine. Je porte ma main jusqu’à sa chevelure bouclée et la caresse doucement. Je me marierai avec toi. Je te le dois. Je te donnerai un enfant. Puis, je m’en irai.
Les rumeurs de la rue se font plus précises. Jusqu’à présent, je ne ressentais que des vibrations sourdes. Tout devient plus net. A chaque instant, je découvre un son nouveau, plus clinquant, plus aigu que le précédent. Je sens un souffle sur mon bras. Mes doigts et mes paumes me démangent. Une douce chaleur monte en moi. Lorsque ce flot lent atteint la base du cou, la nuit dans laquelle j’étais plongée jusqu’alors s’estompe et laisse place à une aurore orange. Puis jaune. Puis blanche. Le voile opaque qui me recouvrait les yeux s’est désagrégé. Je vois. Je vois des ombres. Je distingue les lourds rideaux grenats qui contiennent maladroitement les rayons d’un soleil que je devine au zénith. La pièce est étroite et encombrée. Je relève doucement la tête. Je suis nue. Il y a un établi. Des marteaux. Des instruments de toutes tailles dont je ne saurais dire le nom. La fenêtre semble être entreouverte. J’entends des pas lourds dans l’escalier. Je me fige, puis, rapidement, je reprends la position dans laquelle je me suis réveillée. Le regard vers le plafond.
La poignée cliquette et la porte s’ouvre en grinçant. Quelqu’un est entré. Il dépose un sac et s’approche du lit sur lequel je repose. Il se penche et s’agenouille. Je sens son regard se poser sur mon corps. Il approche son visage et dépose un baiser sur mon épaule. Il a le souffle court. De nouveau, il m’embrasse l’épaule. Plus longuement. J’entends qu’il murmure, mais je ne comprends pas. Puis tout doucement, il me caresse le sein. Cette main me semble si familière. Il se relève et approche son visage du mien. « mon bébé » murmure t’il. Puis il m’embrase les lèvres. Il pleure. Je comprends alors que je lui dois la vie. Cette main est celle qui m’a faite. « Tu es mon œuvre » répète t’il doucement. Je le regarde. Son visage est mangé par une barbe hirsute. La sueur de son front se mêle aux larmes. Ses yeux brillent. Ses pommettes, hautes, sont empourprées. Il dégage une odeur âcre. Seules ses mains sur mon corps me sont agréables. « Nous serons heureux » dit-il maintenant. « Tu es une œuvre parfaite, plus rien ne me sert de sculpter encore » rajoute t’il entre deux sanglots.
Je me sens soudain prise d’un vertige. Ne suis-je qu’un aboutissement ? A quoi cela me sert-il d’être vivante, si c’est pour être statufiée dans le rôle d’une épouse parfaite ? Je ne rêve que d’émois, d’amour, de désillusions, de tristesse, de rires, de pleurs, de cris, de chagrins et de bonheurs. Mais, je lui dois la vie. Comment pourrais-je renier un tel don ? Il sanglote violemment désormais, son visage contre ma poitrine. Je porte ma main jusqu’à sa chevelure bouclée et la caresse doucement. Je me marierai avec toi. Je te le dois. Je te donnerai un enfant. Puis, je m’en irai.
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