Sur ma table de travail, à part mon cahier et mon stylo, il n’y a souvent qu’un objet. Une montre. On pourrait croire qu’elle est arrivée là par hasard. Il n’en est rien. Quand je m’installe, je la décroche de mon poignet, je glisse la partie du bracelet sans boucle dans le passant de l’autre partie du bracelet. Je la pose dans le prolongement de mon bras droit, à dix centimètres de ma main lorsque mon coude est dans l’axe de la tranche de la table. Elle repose toujours sur le côté, de telle sorte que le neuf semble tomber sur le plateau.
Partout où je m’installe, je respecte le même cérémonial. Parfois, on le remarque et on se moque un peu. Pourtant cette étrange coutume revêt une importance particulière. En posant cette montre, je me livre, je donne mon temps en pâture aux instants qui s’annoncent. J’abandonne mon armure temporelle. Craignez que, m’invitant, je ne m’y adonne pas. Ce serait alors le signe d’une indifférence, d’un malaise ou d’une irritation.
J’ai trois montres. Très différentes. La première, que je porte le plus souvent, a pour principal attrait de n’en avoir aucun précisément. Boîtier acier, bracelet caoutchouc, le cadran divisé en deux parties : une numérique et l’autre analogique. C’est une montre tout terrain, toute ambiance, toute chemise. On me l’a offerte à Copenhague, au mois de février. Je sens la neige fondue s’infiltrer dans mes chaussures, je bénis la chaleur du bol entre mes mains glacées. La deuxième est celle dont mon fils héritera, en ce jour où moi, son père, aurai décidé qu’il était temps pour lui de porter haut les couleurs familiales. J’imagine un salon-bibliothèque sombre, beaucoup de boiseries et des fauteuils club. On sera dimanche et on aura juste terminé le déjeuner. Je prendrai un air grave et je dirai : « Aujourd’hui, mon fils, il est temps pour toi,… ». La troisième est une montre post-moderne dont les cadrans tournent autour le l’aiguille fixe. Elle est la preuve inerte que le futur se rapproche aussi vite que le passé s’éloigne. Je suis peut-être né trop tard, chaque jour nouveau me prend par surprise.
Quand le récit s’achève, je referme le cahier, je pose le stylo sur la couverture, je déplie le bras, je saisis la montre, je glisse le bracelet hors du passant et je me l’ajuste au poignet. Puis, enfin, je regarde l’heure.
Partout où je m’installe, je respecte le même cérémonial. Parfois, on le remarque et on se moque un peu. Pourtant cette étrange coutume revêt une importance particulière. En posant cette montre, je me livre, je donne mon temps en pâture aux instants qui s’annoncent. J’abandonne mon armure temporelle. Craignez que, m’invitant, je ne m’y adonne pas. Ce serait alors le signe d’une indifférence, d’un malaise ou d’une irritation.
J’ai trois montres. Très différentes. La première, que je porte le plus souvent, a pour principal attrait de n’en avoir aucun précisément. Boîtier acier, bracelet caoutchouc, le cadran divisé en deux parties : une numérique et l’autre analogique. C’est une montre tout terrain, toute ambiance, toute chemise. On me l’a offerte à Copenhague, au mois de février. Je sens la neige fondue s’infiltrer dans mes chaussures, je bénis la chaleur du bol entre mes mains glacées. La deuxième est celle dont mon fils héritera, en ce jour où moi, son père, aurai décidé qu’il était temps pour lui de porter haut les couleurs familiales. J’imagine un salon-bibliothèque sombre, beaucoup de boiseries et des fauteuils club. On sera dimanche et on aura juste terminé le déjeuner. Je prendrai un air grave et je dirai : « Aujourd’hui, mon fils, il est temps pour toi,… ». La troisième est une montre post-moderne dont les cadrans tournent autour le l’aiguille fixe. Elle est la preuve inerte que le futur se rapproche aussi vite que le passé s’éloigne. Je suis peut-être né trop tard, chaque jour nouveau me prend par surprise.
Quand le récit s’achève, je referme le cahier, je pose le stylo sur la couverture, je déplie le bras, je saisis la montre, je glisse le bracelet hors du passant et je me l’ajuste au poignet. Puis, enfin, je regarde l’heure.
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