Ecrire sous forme de fragments des petits crimes exemplaires
Je déteste le mot « malin ». Je n’achète jamais à prix « malin », je ne voyage jamais « malin », je n’ai aucune considération pour ce collaborateur si « malin ». Mais il a fallu que Dante l’écrive. Maintenant, il gît sur la table hexagonale de l’atelier d’écriture, mon stylo plume planté dans la poitrine. Le dictionnaire est tout tâché. C’est malin.
***
Madame Clairvoye avait de bonnes fesses. Quand elle écrivait au tableau, elle les agitait à tour de rôle. Pour faire bonne mesure, sans doute, elle s’était offert une nouvelle poitrine. Ses chemisiers peinaient à contenir les intrus. Madame Clairvoye était mon professeur de français. Elle nous lisait Stendahl en lissant sa chevelure peroxydée. Ceux du fond de la classe ne la voyaient que de loin. En effet, elle se déplaçait très peu, par la faute d’une jupe trop étroite qui, en limitant le débattement de ses cuisses (qu’elle avait généreuses), gênait grandement ses mouvements à l’intérieur de la classe. Madame Clairvoye avait une peau orange, due à une consommation aussi excessive que compulsive de carotène.
Alors qu’elle nous lisait un passage de « Le rouge et le noir », je vis Vieljeux, sur ma gauche, deux rangs devant, brandir une petite sarbacane en bambou. Il souffla et une bille de papier mâché atteignit Madame Clairvoye au front. Je me levai alors que la classe s’esclaffait et me dirigeai vers Vieljeux. Je lui pris la sarbacane des mains et la lui enfonçai dans la bouche d’un coup sec, puis j’appuyais jusqu’à ce que ses yeux roulent dans leurs orbites et que du sang coula de son nez. Parce que Madame Clairvoye, moi, je l’aime.
***
Un seul coup avait suffi. Elle gisait là, le crâne fracassé. Je n’aurais plus besoin de lui dire « enfonce-toi ça dans le crâne ! ». C’est fait.
***
A l’époque, j’avais quatre-vingt cinq ans. Je ne le voyais que pour Noël. Il venait chercher ses étrennes. Il arrivait vers midi, parce qu’il savait qu’à cette heure-là, il aurait un apéritif. Il me demandait des nouvelles en me parlant à la troisième personne :
-« Et comment va Papi ? »
-« Il se sent pas trop seul ? »
-« Il arrive encore à se tenir propre ? »
Je ne lui répondais que par borborygmes en essayant de trembler de tous mes membres.
Ce Noël là fut celui de trop. Lorsqu’il me demanda si je n’étais pas trop incontinent, je me levai, le contournai, pris la corde que j’avais préparé, la lui passai et l’attachai à sa chaise en serrant le nœud coulant. Je pris l’enveloppe des étrennes, la lui enfonçai dans la bouche et mis un gros scotch industriel. J’obturai le nez à l’aide d’une solide pince. Il agonisa tout l’après-midi.
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Je déteste le mot « malin ». Je n’achète jamais à prix « malin », je ne voyage jamais « malin », je n’ai aucune considération pour ce collaborateur si « malin ». Mais il a fallu que Dante l’écrive. Maintenant, il gît sur la table hexagonale de l’atelier d’écriture, mon stylo plume planté dans la poitrine. Le dictionnaire est tout tâché. C’est malin.
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Madame Clairvoye avait de bonnes fesses. Quand elle écrivait au tableau, elle les agitait à tour de rôle. Pour faire bonne mesure, sans doute, elle s’était offert une nouvelle poitrine. Ses chemisiers peinaient à contenir les intrus. Madame Clairvoye était mon professeur de français. Elle nous lisait Stendahl en lissant sa chevelure peroxydée. Ceux du fond de la classe ne la voyaient que de loin. En effet, elle se déplaçait très peu, par la faute d’une jupe trop étroite qui, en limitant le débattement de ses cuisses (qu’elle avait généreuses), gênait grandement ses mouvements à l’intérieur de la classe. Madame Clairvoye avait une peau orange, due à une consommation aussi excessive que compulsive de carotène.
Alors qu’elle nous lisait un passage de « Le rouge et le noir », je vis Vieljeux, sur ma gauche, deux rangs devant, brandir une petite sarbacane en bambou. Il souffla et une bille de papier mâché atteignit Madame Clairvoye au front. Je me levai alors que la classe s’esclaffait et me dirigeai vers Vieljeux. Je lui pris la sarbacane des mains et la lui enfonçai dans la bouche d’un coup sec, puis j’appuyais jusqu’à ce que ses yeux roulent dans leurs orbites et que du sang coula de son nez. Parce que Madame Clairvoye, moi, je l’aime.
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Un seul coup avait suffi. Elle gisait là, le crâne fracassé. Je n’aurais plus besoin de lui dire « enfonce-toi ça dans le crâne ! ». C’est fait.
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A l’époque, j’avais quatre-vingt cinq ans. Je ne le voyais que pour Noël. Il venait chercher ses étrennes. Il arrivait vers midi, parce qu’il savait qu’à cette heure-là, il aurait un apéritif. Il me demandait des nouvelles en me parlant à la troisième personne :
-« Et comment va Papi ? »
-« Il se sent pas trop seul ? »
-« Il arrive encore à se tenir propre ? »
Je ne lui répondais que par borborygmes en essayant de trembler de tous mes membres.
Ce Noël là fut celui de trop. Lorsqu’il me demanda si je n’étais pas trop incontinent, je me levai, le contournai, pris la corde que j’avais préparé, la lui passai et l’attachai à sa chaise en serrant le nœud coulant. Je pris l’enveloppe des étrennes, la lui enfonçai dans la bouche et mis un gros scotch industriel. J’obturai le nez à l’aide d’une solide pince. Il agonisa tout l’après-midi.
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